Edward Tuck (1842 – 1938) & Julia Stell (1850 – 1928)
par la Société Historique de Rueil-Malmaison

 

 

Le 1er novembre, une délégation du « Souvenir Français » s’est rendu au cimetière de Saint Germain en Laye pour y déposer une gerbe de fleurs sur la sépulture de M. et Mme Tuck.Tuck_Stell_a_Vermont

Ces noms sont familiers aux ruellois, mais peu de personnes connaissent l’origine de ces deux grands mécènes.

Edward Tuck naît le 24 août 1842 près de Boston sur la côte Est des Etats-Unis et à 20 ans, sans fortune, il s’embarque sur un modeste voilier pour l’Europe. Après avoir appris notre langue à Dourdan, il entre au Service Consulaire à Paris et rapidement il remplacera le consul. A 25 ans, la seule banque américaine la « Munroe & Company » lui offre un poste, et après avoir fait son apprentissage à la maison-mère à New York, il déploiera une activité si grande que, cinq ans après, il en deviendra l’associé.

En 1871, de retour à Paris, il rencontre une jeune américaine, Julia Stell, qu’il épousera le 22 avril 1872 aux Etats-Unis. Comme lui, elle aime passionnément la France.

Il n’a pas 40 ans lorsqu’il quitte la banque pour s’installer à son compte. Plus tard, il s’associe à James Hill du Great Norther Railroad et à Lord Mont Stephen du Canadian Pacific pour acquérir le Northern Pacific Railroad. Il s’installe à New York, mais vient souvent à Paris où il habite au 82 avenue des Champs Elysées, qu’il transformera en véritable musée.

En 1899, il achète Vermont près de la Malmaison où il s’installe. Vermont avec sa pelouse en pente sertie de fleurs et sa salle à manger de verdure, ainsi qu’un garage de voitures rutilantes, des serres où prospère de belles orchidées.

Le 26 août est une date importante pour Rueil ; c’est l’ouverture pour les malades d’un hôpital de 25 lits entièrement financé par M. Tuck. Mme Stell quant à elle, sera prise d’une véritable passion pour cet établissement où elle viendra souvent rencontrer le personnel et assister aux consultations de nourrissons.

Continuant leur mécénat, les Tuck créent l’École Ménagère où une soixantaine de fillettes de condition modeste sont logées, habillées et instruites gratuitement en les préparant à leur futur rôle de mère de famille.

En 1914, à l’hôpital, les malades cèderont la place aux blessés de la guerre et l’hôpital sera gracieusement offert au Service de Santé Français par ses fondateurs qui continueront à en assurer toutes les dépenses. Ils aménageront à l’Ecole Ménagère une annexe de 45 lits qui fonctionnera pendant toute la guerre sous la dénomination : Hôpital militaire V.R. 66.

En 1920, les Tuck achètent pour 700 000 francs le domaine de Bois Préau et en font don à l’Etat Français quatre ans plus tard. Ainsi ce domaine historique reprenait sa place dans le domaine de Joséphine qui avait été morcelé après la mort du Prince Eugène.

Le 11 novembre 1928, la population ruelloise est en deuil. Mme Julia Stell-Tuck vient de disparaître. Elle qui a tant fait pour la commune sera sincèrement pleurée par la population, dont une grande partie emplissait la cathédrale américaine de l’avenue Georges V, où les roses, ses fleurs préférées, cachaient entièrement son cercueil.

Quelques mois plus tard, avait lieu un événement abondamment commenté dans la presse de l’époque. C’était la vente de la table dite « des Maréchaux » qui fut commandée à Sèvres par l’Empereur en 1806 et peinte par Isabey.

Après quelques enchères, la table fut adjugée 400 000 francs à un célèbre antiquaire anglais pour le compte du propriétaire de journaux américains R. Hearst. A ce moment, M. Jean Bourguignon, conservateur du Musée de Malmaison, intervint pour dire qu’il entendait réclamer le droit de préemption de l’Etat prévu à la loi de finances du 31 décembre 1921. Il restait à M. Bourguignon à trouver dans un délai de 15 jours la somme nécessaire en sachant que ses finances n’iraient pas au-delà de 300 000 francs, et c’est bien triste qu’il prit le chemin de Rueil. Mais là, M. Tuck, encore lui, l’attendait pour lui remettre les 400 000 francs nécessaires à l’achat de cette pièce unique.

Outre les nombreux objets offerts au musée, du vivant de son épouse, il avait offert à la ville de Rueil des terrains nécessaires à l’aménagement de deux squares ainsi qu’un terrain pour la construction d’une école primaire.

Le 23 décembre 1931, le Conseil Municipal de Rueil déclare Edward Tuck, Citoyen d’Honneur et Grand Bienfaiteur de la ville de Rueil Malmaison et décide de faire procéder à la frappe d’une plaquette d’or à l’effigie des époux Tuck-Stell.

Le 30 avril 1938, à l’âge de 96 ans, ce grand mécène s’éteint à Monte Carlo et après des obsèques à Paris, c’est Rueil qui accueillera sa dépouille mortelle dans la cour de la mairie tendue de noir pour la circonstance, en présence de toutes les personnalités de la ville sans oublier les élèves de toutes les écoles publiques.

Il sera inhumé le 6 mai 1938 au cimetière de Saint Germain en Laye dans le carré des Anglais, auprès de son épouse, dans cette terre de France qu’ils avaient tant aimé.